acouphènes


Des solutions existent

L’acouphène est une affection fréquente. Environ 2 % de la population — anglaise — est sévèrement handicapée dans sa qualité de vie en raison d’acouphènes chroniques. Ils engendrent des effets socio-économiques importants — les arrêts de travail attribuables à l’acouphène sont courants. De nombreux traitements sont proposés, mais les preuves de leur efficacité sont minces et la satisfaction des patients peu élevée.

Une prise en charge améliorée

Dans la revue The Lancet, Rilana Cima et coll. rapportent les résultats probants d’un programme spécialisé pour l’acouphène. 247 patients ont reçu des soins habituels, tandis que 245 suivaient une thérapie cognitive et comportementale enrichie avec des éléments de la thérapie d’habituation.

Des préjugés dépassés

Ce rapport contredit et surpasse plusieurs préjugés. Le premier est l’idée que rien ne peut être fait pour traiter les acouphènes. Après 12 mois, le programme spécialisé donnait des résultats supérieurs dans les mesures de la qualité de vie et dans les questionnaires spécifiques aux acouphènes et au handicap lié à l’acouphène. Cette découverte est un message clair à l’encontre du nihilisme thérapeutique.

Le second consiste à penser que les interventions non pharmacologiques ne peuvent pas être investiguées avec la même rigueur que les interventions pharmacologiques, dans des études randomisées en double aveugle. Cima et coll. montrent que ce n’est pas le cas. Dans leur étude, les patients et cobayes étaient anonymes, les interventions hautement standardisées, et l’adhésion au protocole verifiée.

Des résultats probants

Les essais sur les acouphènes sont particulièrement délicats en raison de l’hétérogénéité des patients, la nature subjective de la perception fantôme, et l’absence d’outils de mesure standards communément acceptés. L’absence de traitement efficace pour l’acouphène ainsi que l’absence de standards pour prouver leur efficacité sont dépendantes l’une de l’autre, et ont ralenti le développement d’algorithmes de mesure standardisés. Cima et coll. montrent comment un tel cercle vicieux peut-être rompu.

Ils ont réussi à s’affranchir de l’hétérogénéité des patients souffrant d’acouphènes en les classant par strates, et on surmonté les difficultés de mesure en utilisant deux échelles reconnues, l’échelle de mesure de l’acouphène et celle de qualité de vie.

Les résultats de cette étude sont particulièrement convaincants et pertinents pour la pratique clinique car les soins spécialisés n’ont pas été comparés avec un groupe placebo ou un groupe sur liste d’attente, mais avec les soins habituels. Le type des soins habituels a été déterminé par une enquête au niveau international dans les institutions offrant des soins spécialisés dans les acouphènes.

Bien que l’approche de soins échelonnés impliquait seulement une courte intervention pour la plupart des patients, les soins spécifiques étaient significativement plus efficaces que les soins habituels pour tout le groupe.

Une approche pluridisciplinaire

Une caractéristique essentielle des soins de Cima et coll. est l’approche pluridisciplinaire. Ils ont intégré le travail d’audiologistes, de psychologues, de psychothérapeutes, de psychomotriciens, kinésithérapeutes et travailleurs sociaux. Bien que le format exact du soin spécialisé dans cet essai ait été développé par les chercheurs, il n’est pas complètement nouveau. Il combine les composantes de la thérapie cognitive et comportementale et la thérapie d’habituation, qui sont les stratégies les plus communément utilisées dans le traitement de l’acouphène. Des combinaisons similaires ont été proposées par d’autres chercheurs, mais n’ont le plus souvent pas été implémentées dans des équipes pluridisciplinaires, et n’ont jamais été testées avec une telle rigueur scientifique.

Vers un traitement curatif ?

Aussi convaincants que soient les résultats, le traitement proposé vise une habituation à l’acouphène. Pour la recherche future, il ne faudrait pas oublier que la plupart des patients qui ont des acouphènes veulent un traitement curatif, ce qui devrait être le but ultime des efforts de recherche.

Les avancées dans la compréhension de la physiopathologie de l’acouphène sont de plus en plus utilisées pour l’approche du traitement de la cause. En outre, les diagnostics différentiels concernant les causes, les caractéristiques perceptives et les comorbidités seront requis pour les futurs traitements visant la guérison et pour le développement de traitements plus spécifiques pour les différentes formes d’acouphènes.

En conclusion

Les études de Cima et coll. de devraient pas seulement établir des standards pour le traitement des acouphènes et pour les futurs essais, mais devraient aussi être les premiers pas vers des traitements plus efficaces et prouvés scientifiquement pour cette affection.

Source :

Langguth, Berthold. (26 mai 2012). Tinnitus: the end of therapeutic nihilism. The lancet, 379 |doi:10.1016/S0140-6736(12)60561-3 Crédit photo : r.g-s